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Urbex Espagne : La Puda, station thermale espagnole de luxe abandonnée

L’un des secrets les mieux gardés de la montagne de Montserrat en Catalogne, est l’ancienne station thermale de La Puda. Souvenir des années fastes où toute la bourgeoisie de Catalogne et de France venait séjourner, entre bains curatifs, partie de ping-pong et moments festifs dans la salle de réception. Une vie luxueuse ponctuée par de nombreuses invasions du fleuve Llobregat, puis la guerre civile espagnole qui mettront fin à plus de 150 années d’histoires et d’aventures sulfureuses.
Dans cet article, je vous emmène explorer son histoire, les légendes et l’évolution de ce lieu emblématique, aujourd’hui totalement abandonné.

Station thermale de La Puda à Montserrat

La station thermale de La Puda, est située à 1h de Barcelone, aux portes de la montagne de Montserrat – qui signifie « Montagne acérée » en catalan, en référence à la courbe particulière de ses pics – dans la commune d’Esparreguera (Baix-Llobregat). Elle jouissait d’une grande popularité il y a plusieurs décennies.

La fin du 19ème siècle signe l’apogée des Bains de La Puda : on découvre que son eau sulfureuse pouvait guérir des maladies. La bourgeoisie de Barcelone et de sa banlieue se rendait à Esparreguera pour soigner des maux dans les thermes. 

Venir à La Puda, c’était s’offrir de nombreuses activités : salle de ping-pong, court de tennis et d’un fronton. L’on pouvait également pêcher dans la rivière et participer à des sorties et randonnées dans les environs. Le magnifique salon accueillait des fêtes estivales et divers événements, comme la Festa Major, au cours de laquelle une messe était célébrée dans la chapelle dédiée à Nuestra Señora de la Puda de Montserrat.

Entre des inondations à répétition et un entretien couteux, elle fût de nombreuses fois abandonnée et réhabilitée, jusqu’à sa fermeture définitive dans les années 1970.

L'allée bordée de platanes
Ombrière - archive municipale
Ombrière en 2023
L'entrée principale en face, à gauche l'accès aux bains, à droite la salle de réception
Promenade circulaire - archive municipale
Publicité pour l'eau thermale, le savon au soufre et l'ascenseur electrique !

Urbex à la station de La Puda : début d’exploration

Notre visite commence en passant entre 2 piliers qui tiennent encore par miracle. Une rangée de platanes ouvrent une allée qui mène au bâtiment principal. 
Sur la droite, un premier bâtiment où l’on trouve les lavoirs au rez-de-chaussée, et des salles au premier étage. Le style architectural est moins luxueux, ce qui me laisse croire que ce bâtiment était destiné à héberger des malades ou des employés.

Ce qui semblent être des lavoirs

Les bâtiments de La Puda de Montserrat

Le complexe est composé de 3 bâtiments.

L’accueil situé presque au bout de la propriété. Sur la façade, on peine à deviner le titre majestueux « Gran Balneario – La Puda de Montserrat », tant les stupides squatteurs l’ont recouverts de tags.
C’était par ici que les visiteurs étaient reçus.
C’est un bâtiment central de forme arrondie, qui dispose d’un vestibule par lequel l’on pouvait emprunter l’ascenseur ou les escaliers pour accéder aux étages, mais donnait aussi  accès à un couloir de service. Cette entrée communique avec deux autres constructions, de part et d’autre : sur la droite, au plus près du fleuve et au bout de la propriété, les bains ; sur la gauche, au début de la propriété, un bâtiment où nous trouvons les salles de réceptions, de jeu, et les chambres – qui longe le jardin et son allée de platanes, et s’élève sur 2 ou 3 étages. 
Le bâtiment du fond où sont les bains m’attire beaucoup, mais je résiste et la garde pour plus tard. 

Difficile à deviner qu'ici se trouve la salle de réception et les chambres
Personne à gauche
Personne à droite 🙂

Les salles de réception et de jeux

Je commence par le premier bâtiment en arrivant. La surprise est assez spectaculaire : les restes de la chapelle qui a visiblement subit un incendie, mais où l’on peut cependant distinguer l’autel et là où était placé l’orgue.

Le bâtiment est de forme rectangulaire, composé de 3 étages, en briques avec des éléments classiques, des pilastres ioniques et des galeries avec de grandes hauteurs, des plafonds en voûte catalane – volta catalana, technique traditionnelle de plafond en brique qui fût employée aux constructions nobles à  partir du 19ème siècle.
Je comprends au fil de mon exploration la composition architecturale.
De manière classique, le rez-de-chaussée était dédié aux événements sociaux (salle de réception, de jeux, restaurant) tandis que les chambres étaient au 1er et 2ème étage.

Plus ingénieux, le bâtiment était séparé en 2 Sud/Nord sur toute sa longueur : les salles sociales étaient exposées au sud, afin de profiter de la vue sur le jardin et le fleuve ainsi que de l’ensoleillement.

Face Nord, un couloir de la longueur totale du bâtiment, de la chapelle à l’entrée principale, qui communique avec les salles communes et dessert les cuisines, toilettes et autres zones de service et de stockage. Ce qui permet de traverser tout le bâtiment, sans se faire voir des visiteurs.

Lorsque j’y suis allée, l’escalier était en bon état, malheureusement les plafonds se sont effondrés, rendant la visite des salles à l’étage très périlleuse. Je n’ai pas pu circuler dans certaines salles du premier étage car l’accès était tout simplement bien trop dangereux.

Les restes d'une chapelle qui jouxte la salle de restaurant
La salle restaurant archive municipale
La salle restaurant en 2023
Les 4 colonnes décorées d'art moderne douteux, au fond, on devine l'escalier et la cage d'ascenseur
Un fan d'oiseau parmi les artistes

Malheureusement, certains visiteurs moins scrupuleux que les admirateurs d’architecture, ont tout saccagé. Réunions pour boire, rave party, vols… De nombreux objets ont été volés ou détériorés par des graffitis.
L’on peut encore deviner parfois les élégants choix de décoration et d’architecture : un motif de céramique, des portes de style Moderniste qui se font face, identiques et immobiles, jouant avec les visiteurs comme un miroir, le stuc au plafond du restaurant, ou la courbure d’un pilier…
En 2018, le site a été victime d’un énorme vol. De nombreuses pièces en fer ont été dérobées, comme des portes, une pergola et même l’ascenseur datant de 1924. 

Je comprends tout à fait la désolation qu’a dû sentir Olga Farré, la propriétaire. Le montant  est bien supérieur aux 80 000 euros annoncés si l’on prend en compte la valeur patrimoniale et historique des objets.

Les salles de repos et chambres

La zone des bains : le clou de la visite. 

C’est certainement le point le plus impressionnant de notre journée d’Urbex.
Lorsque l’on accède à cette partie, les sensations sont incroyablement étranges. D’abord, l’odeur. Le souffre en extérieur fait régner une ambiance mystique. Le contraste de l’ambiance ensuite. Là, où, auparavant l’espace était rempli de monde, de vie, de bruits, le silence aujourd’hui n’est rompu que par le bruit des véhicules qui passent sur l’autoroute non loin de là.
Je suis subjuguée par la lumière qui habite cette salle.
Les faisceaux qui caressent les courbes mêlée à la couleur rosé des murs qui s’effritent rappelle le charme d’antan. 

Lors de ma visite, j’ai été étonnée de la salle des bains, où perdure encore une baignoire en marbre d’époque – bien qu’elle fût dégradée à coup de spray. 

L’architecture est sans doute le plus beau trésor du lieu, les voleurs ont du abîmer de nombreuses choses afin d’emmener leur butin, volant ainsi également, une part de l’histoire du lieu.

J’ai recensé de nombreux documents en espagnol et catalan que j’ai traduit en français, et en garder une trace.
Pour découvrir, les origines et l’histoire de ce centre en guerre contre les inondations, poursuivez la lecture de cet article !

deux portes de style moderniste se font face pour accéder au batiment où sont situés les bains
Les plafonds effondrés de la zone des bains offrent un spectacle ubuesque

Des origines incertaines

Ce lieu, aujourd’hui en ruines, a été mentionné pour la première fois en 1718, lorsque le docteur Salvador a effectué la première analyse chimique des eaux thermales qui jaillissaient de la rivière Llobregat et découvre qu’elles sont de nature sulfureuse-sodique.

Les sources produisent une eau qui émerge à une température comprise entre 25 et 35ºC, avec un débit de 4 litres par seconde, riches en sulfates, bicarbonates, chlorures, sodium et calcium, offrent des propriétés thérapeutiques curatives, notamment pour la peau, la respiration et les rhumatises.

Entre légende et probabilité scientifique, on raconte que les eaux sulfureuses ont commencé à jaillir au 18ème siècle, suite au tremblement de terre de Lisbonne, survenu le matin de la Toussaint 1775.
Les géologues estiment que la magnitude de ce séisme était d’environ 9 sur l’échelle de Richter, son épicentre se situant dans l’océan Atlantique, à moins de 300 km de la capitale portugaise.
Les témoignages de l’époque indiquent que le séisme a duré entre trois et six minutes, provoquant d’immenses fissures de 5 mètres de large au cœur de la ville, puis un tsunami aux vagues gigantesques a fait le reste, causant la mort de plus de 100 000 personnes.

Pour les experts en la matière, le doute subsiste toujours quant à l’existence d’un lien direct entre l’apparition des eaux sulfureuses de La Puda et le tremblement de terre de Lisbonne. En effet, la première mention historique de ces eaux thermales remonte à 1718, bien des années avant le séisme de 1775.

La salle des bains est la partie la plus impressionnante

Une construction semée d’embûches, et d’inondations

En 1818, l’utilisation médicinale de ces eaux est officialisée. La 1ère licence de construction d’une station thermale est accordée à Salvador Garriga, un tailleur d’Esparraguera. Les installations étaient assez simple : trois sources thermales et une cabine destinée aux vestiaires. Ce complexe s’appelait « Les Fonts del Sofre« .

En 1829, soit 11 ans plus tard, il commence la construction de 2 bâtiments de part et d’autre du fleuve Llobregat, sous la direction médicale du Dr Antonio Coca i Rabassa, avec l’intervention de Salvador Garriga, un tailleur d’Esparreguera, et conçu par l’architecte Josep Oriol i Bernadet. 

En 1831, Salvador Garriga, accablé par des difficultés financières, se suicide. Son frère, Pau Garriga associé à Francisco Castells et Francesc Pedrosa, prit la direction des travaux. Ce projet devait devenir l’une des plus grandes stations thermales d’Europe, mais seule l’aile gauche du complexe fût construite. La station thermale commence à fonctionner en 1834. 

Commence alors une lutte acharnée contre les montées des eaux régulières, qui vont détériorer le site à de nombreuses reprises durant 2 siècles.
Les crues de 1842 et 1843 inondent les installations, et les endommagent fortement, les menant presque à la ruine.

En 1845, le psychiatre Antoni Pujades i Mayans finalisa l’acquisition des deux bâtiments et du terrain de la station thermale, avec la collaboration du marchand José Oriol Negrevernis, dans le but de rénover les installations, de créer une nouvelle station thermale et un asile, mais le projet n’aboutit pas.

Le système de circulation des eaux
La station thermale est à peine plus haut que le fleuve Llobregat
Le pont de l'autoroute C55 et

Le faste de la station thermale

Des années plus tard, en 1870, la véritable splendeur de La Puda est arrivée.

Entre 1917 et 1924, La station thermale de la Puda connaît son âge d’or et s’agrandit. Les cures ont le vent en poupe, et elle est un lieu de villégiature prisé de la bourgeoisie barcelonaise, qui s’installait à l’hôtel Gori à Olesa de Montserrat (qui est devenu l’actuelle mairie), où un service de diligence régulier assurait la liaison entre l’hôtel et la station thermale.
La reine Isabel II d’Espagne s’y serait même rendue pour soigner certaines pathologies.

De station thermale de luxe à refuge pendant la guerre

La guerre civile espagnole et la dictature de Franco marquent le début du déclin de La Puda.

Fin 1936, pendant la guerre civile espagnole en Catalogne, La Puda s’est transformé en refuge, accueillant plus de 800 réfugiés, venus de Madrid, d’Extremadura et de Jaén. Les installations se détériorent en raison du manque d’entretien et des crues continuelles du fleuve Llobregat (se prononce Yobrégat).

La disparition de l’établissement en tant que station thermale sont nombreuses : la montée continue des eaux du fleuve qui inonde les installations, la très faible altitude des sources d’eau minérale – au niveau du fleuve – empêchait de construire des bâtiments plus hauts, l’intérêt a baissé au profit du tourisme balnéaire, les citoyens préféraient les médicaments aux bains d’eau médicinale et les installations étaient coûteuses à entretenir.

Bien qu’en 1964, on tenta de redonner vie au lieu en ouvrant un restaurant et une salle de réception, une nouvelle inondation dans les années 70 provoque la submersion du rez-de-chaussée et les installations, déjà dégradées, tombèrent en ruines, mettant fin à cette seconde vie.

Secrets de La Puda

Le mystère et la décadence de la station thermale n’ont fait qu’alimenter sa légende. On dit que les eaux de la Puda avaient des pouvoirs magiques : selon certains, ceux qui s’immergeaient dans ces eaux avaient des visions ou recevaient des révélations sur leur avenir.

L’une des légendes les plus intrigantes parle d’un mystérieux visiteur qui apparaissait les nuits de pleine lune. Ce personnage énigmatique, décrit comme un homme âgé aux vêtements anciens, offrerait des conseils et des prédictions à ceux qui le rencontraient. 

On raconte que pendant la guerre civile, certains habitants ont caché des objets de valeur dans la station thermale pour les protéger des pillages. Bien que de nombreuses personnes aient tenté de retrouver ces trésors, rien n’a été découvert jusqu’à présent, ce qui ne fait qu’ajouter au mystère qui entoure La Puda.

Anecdotes

Au milieu des années 1990, Nacho Cano choisit les Balneari de la Puda pour le tournage du clip de la chanson « El Pati », avec l’actrice Penélope Cruz. Dix ans plus tard, La Puda accueillit une rave party d’un week-end qui rassembla plus de 2 000 personnes. La Puda apparaît aussi dans le clip de la chanson « Heart of Soul » (1992) du groupe britannique The Cult.

Côté nord, la végétation arrive jusqu'au premier étage par endroits
L'escalier sur la partie arrière du bâtiment qui rejoint la station de train

La station thermale de La Puda aujourd’hui 

Au fil du temps, La Puda est tombée dans l’oubli.
Les bâtiments, victimes de négligence et de vandalisme, commencent à s’écrouler.
Le site a perdu de sa valeur, victime de l’abandon, des nombreux vandalismes, et du temps qui a fait beaucoup de dégâts.

Passant de propriétaire en propriétaire, avec chacun leur projet, rien n’a été concrétiser pour l’instant.  Pourtant, la municipalité serait favorable a la réhabilitation du lieu qui reste un vestige historique du faste d’antan.

La végétation envahit les ruines, créant un contraste saisissant de ce qui était autrefois un lieu de luxe et de bien-être devient un endroit pour les curieux du dimanche, amateurs d’architecture, de photographie et d’histoire.

Qu’est ce que l’urbex ?

L’Urbex, exploration urbaine – abréviation de Urban Exploration en anglais – est une activité qui consiste à visiter des lieux souvent privés désaffectés, laissés à l’abandon. L’Urbex est une activité clandestine et prohibée. La règle en Urbex est de visiter sans toucher. La seule chose que l’on emmène avec soi, ce sont les souvenirs.
On respecte le lieu et on le quitte dans l’état où on l’a trouvé. 

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les lieux au passé chargé. J’aime imaginer les histoires étranges d’une vie qui n’est pas la mienne.
Et puis il faut avouer que braver l’interdit a toujours quelque chose de grisant !

Attention, visiter un lieu fermé au public est interdit. Je n’incite ici personne à faire comme moi. C’est la raison pour laquelle je ne divulgue pas l’adresse exacte du lieu.

Infos pratiques

Le réseau ne passe pas dans la Médina, vous ne pourrez donc pas utiliser Google Maps.
Tips de notre riad : télécharger l’application Maps.me, charger la carte avec le wifi de l’hôtel et c’est parti la vadrouille. Attention, cela prend beaucoup de batterie. Pensez à prendre avec vous un powerbank et votre chargeur !

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