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Renaître.

Renaître.

J’ai vu cette annonce pour un job et tout m’est revenu. Cette envie d’ailleurs ancrée depuis des années, que j’ai fait taire, chaque jour un peu plus, jusqu’à ne plus l’entendre.
En quelques minutes, j’avais jeté les dés de mon avenir, et celui de ma famille.
Aujourd’hui c’est depuis Barcelone que je vous écris.

Barcelone est mystérieuse, difficile à comprendre, mais tellement riche.
Elle me ressemble en certains points. Simple et complexe à la fois, franche et sensible, dure et pleine d’amour.

Un jour, un Homme, m’a donné la réponse la plus exacte qu’il était possible de donner lorsque je lui ai demandé un mot pour me définir : Paradoxale.

Il disait que tout n’était que paradoxe chez moi. Cela n’a jamais été aussi juste.

J’aime avoir une famille, un cocon chaleureux et la folie de nuits trop blanches.
J’aime la sécurité affective d’une relation stable, et me mettre en danger avec des amours d’une nuit.
J’aime être organisée, prévoyante et partir sur un coup de tête à l’autre bout du monde.
J’aime tout contrôler, et sentir l’instant d’après que tout m’échappe.
J’aime découvrir des choses inconnues, et retrouver mes repères une fois rentrée chez moi.

Il me disait qu’il était inutile d’essayer de m’anticiper. Je ne saurai que très bien désirer l’inverse de que l’on me propose. Pas volontairement, parce que c’est mon caractère.
Il n’est pas toujours aisé de faire partie de ma vie, je le sais.

Je suis tombée sur un brouillon de mail. Il y avait noté quelques mots à la va-vite.

Mariposa – Javanaise – Maîtresse -Femme Enfant – Tourbillon – Rêves

C’était moi. C’était de moi dont il parlait avec ces mots. J’avais toujours espéré que quelqu’un décèle ces traits de personnalité en moi et c’était chose faite.
Sauf que notre histoire était finie. Je me suis rendue compte de tout cela trop tard.

Il avait appris à vivre à mes côtés, tel un animal sauvage, sans jamais vouloir m’apprivoiser.
Nous avions beaucoup d’amour l’un pour l’autre. L’Amour, le vrai. Aimer si fort que nous laissons l’autre Être, car c’est ainsi que nous l’apprécions.

Sur le canapé-lit déplié trônant au milieu du salon et des cartons éventrés, au son des Caceroladas, protestation des Indépendantistes face au gouvernement Espagnol, mes doigts pianotent le clavier.

Je suis seule, et j’attends avec impatience qu’ils viennent me rejoindre.
Ils, ce sont Hugues et Soren, ceux qui partagent ma vie aujourd’hui, mon quotidien, et qui, sans eux, la vie sonne faux.

C’est dans ces conditions, que je peux enfin revenir sur le tourbillon qui m’a englouti durant ces dernières semaines. Tourbillon que j’ai moi-même provoqué, après presque une année à me mettre entre parenthèses pour n’être dévouée qu’à ce petit Homme que je voyais grandir avec amour.

Puis j’ai eu besoin de me retrouver. Mon visage, mon corps, mon caractère : tout me semblait étranger.
Je me trouvais fade, sans couleurs, parfois hystérique pour un rien, souvent éteinte. 
J’avais l’impression d’être à coté de là où j’aurai du être.
Où était passé la passion qui m’animait ? Cet air de gamine lorsque je découvre une nouvelle boutique au coin d’une rue, une nouvelle saveur, lorsque je sais qu’une photo est réussie, ou lorsque je fais une jolie rencontre?

Je voulais de l’animation, j’en ai eu. Beaucoup. Trop.
Profil accepté. 
Les premiers jours ont été durs. Mon corps a lâché, il n’a plus voulu se battre. Arrivée depuis à peine 2 jours, et une angine carabinée m’a clouée, littéralement.

Je ne pouvais que téléphoner à ma famille : la maladie m’a enlevée la voix. Le seul lien qu’il me restait n’était plus. Une sorte d’introspection forcée. Une nouvelle rencontre avec moi-même.
Un signe qui me poussait à m’ouvrir à l’inconnu, aux autres, ceux dehors qui ne parlent pas la même langue, qui n’ont pas les mêmes coutumes.

Ces gens, dont les enfants en bas-âge jouent dans les rues à 21h, ces mêmes gens qui traînent en terrasse, sourire aux lèvres et verre à la main, une fois sortis du travail et ne se hâtent pas de rentrer chez eux, s’enfermer, comme pour mieux se fermer.

Alors, j’ai lâché-prise.

Après quelques jours de repos, je m’y suis mise. Petit à petit, je suis sortie de mon nid.
J’ai arpenté les rues, sans itinéraire précis. J’ai repris confiance en moi, aussi. 
J’ai découvert Poble Sec et ses magasins tout mignons, ses bars à Tapas et Pinxos de la Carrer de Blai, grimpé en haut de Montjuic pour admirer la vue sur la ville. 

Vue de Barcelone depuis le Palais National

J’ai vécu ma première coloc’ à 34 ans, les faux-plans des agents immobiliers, les nuits à se faire réveiller à 3h du matin par le voisin tellement les murs sont fins, les dizaines (oui oui) de plombiers pour réparer une histoire d’eau chaude.
J’ai apprécié de balader au bord de mer avec ma famille le temps d’un week-end, et de découvrir encore un nouveau quartier.
J’ai fait des journées de travail de 14 heures pour boucler mes projets de freelance, trouver une nounou et un appart dans la même semaine.
J’ai aussi rencontré Daravin, cette étudiante en École de Commerce ; Pierre, petit mec qui veut découvrir l’école de la vie avant de reprendre ses études ; mes nouveaux voisins, qui alternent entre la pluie anglaise et le soleil espagnol ; mes collègues de travail, tous français, qui me permettent de vivre bien plus facilement l’expatriation…
J’ai appris à prendre le temps, j’ai (ré)appris à savourer de petits instants, à prendre des « photos mentales » comme j’aime les appeler, des dizaines de fois dans la journée.
J’ai appris à dire, sans honte, que j’étais étrangère et m’excuser de ne pas parler très bien leur langue. J’aimerai d’ailleurs que les français accueillent les étrangers aussi bien que j’ai été accueillie.

En un mois, j’ai rattrapé des dizaines d’années.

On a toujours dit de moi que j’étais quelqu’un d’étrange. Vous savez, ce sentiment que l’on aime et que l’on déteste à la fois. Cette ambivalence de vouloir ressembler aux autres, être aimé, et en même temps vouloir être différent.

Depuis petite, j’aimais être dans mon monde, avec ma vision des choses. Mais l’école, la vie, l’éducation, m’ont fait comprendre qu’il fallait rentrer dans une case.
Alors, j’ai oeuvré, et presque réussi, à briser cette différence, pour me rapprocher des autres, rentrer dans ce fichu moule. 
J’ai voulu supprimer tant de fois ces petits détails qui font de « soi » une personne unique. Parfois, cette limite me convenait parfaitement, parfois elle me faisait souffrir, tellement.

Désormais, j’ai un sourire chaque matin lorsqu’à l’angle de ma rue, le soleil vient éblouir mes yeux.
Je m’y suis fait prendre le premier jour. Depuis, j’ai hâte de cette rencontre avec le soleil. Cette douce chaleur pour commencer la journée en douceur.

Après tant d’années, je crois que j’ai compris. Pourquoi vouloir me battre contre moi-même ? Pour qui vouloir changer ?
La chose que j’apprends le plus ici, c’est à m’aimer telle que je suis. Et c’est cela que j’aime.

Aujourd’hui, ce soir, j’ai l’impression d’être à nouveau à ma place. J’ai appris à être étrangère.

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